Origines historiques : des fermes closes à la structuration du paysage rural

Dans le paysage rural normand, la cour masure incarne une organisation agricole héritée du Moyen Âge, qui marque encore aujourd'hui la campagne cauchoise. À Jongieux, village de Savoie, les cours de mas illustrent de manière singulière la structuration traditionnelle des exploitations agricoles alpines.

Selon les archives départementales de Seine-Maritime, la cour masure cauchoise serait née entre le XIIIe et le XVIe siècle, à la faveur de la féodalité locale et de la structuration du bocage. En Savoie, les mas existent dès le XVe siècle, mais leur systématisation s'opère au gré de la mainmise seigneuriale et de la topographie montagneuse.

Si leurs particularités architecturales divergent, ces deux modèles témoignent d’une même volonté : préserver l’espace de vie agricole des aléas du climat et des regards extérieurs, tout en optimisant la gestion de l’exploitation.

Morphologie et agencement : lecture du bâti normand et savoyard

La cour masure du Pays de Caux se distingue avant tout par la présence du talus planté d’arbres (souvent hêtres ou saules), la fameuse cédule, formant une double enceinte autour des bâtiments agricoles. La maison d’habitation occupe généralement le centre ou un côté, encadrée de bâtiments disposés en U ou quadrilatère : granges, écuries, pressoirs.

À Jongieux, la cour de mas se présente comme un enclos protégé, conséquence directe des contraintes de pente. La maison, bâtie en moellon de calcaire, est accolée aux dépendances dans une organisation plus resserrée, souvent en équerre. Les toitures, dans le Pays de Caux couvertes de tuiles plates ou d’ardoise, cèdent place en Savoie à la tuile écaille ou lauze.

Éléments architecturaux distinctifs :
  • En Pays de Caux : portail fermé en bois, talus arboré, mare centrale ou en lisière, pressoir indépendant, alignements d’arbres brise-vent.
  • À Jongieux : cour close de murs de pierre, portail souvent voûté, puits central, four à pain ou laitier accolé, jardins en terrasse ou potager familial.

Paysages et usages ruraux : similarités et contrastes

Au-delà des murs, la fonction paysagère de ces cours interpelle. Dans les deux régions, la cour ne répond pas uniquement à des impératifs de production, elle rythme la vie familiale et collective du territoire.

En Pays de Caux, la cour masure s’insère dans un bocage ouvert, alternant champs et prairies. Les talus offrent des abris à la biodiversité, et la mare, centrale dans le dispositif, retient les eaux pluviales et sert aux animaux.

À Jongieux, l’enclos de mas se dresse sur les pentes du vignoble, structurant le paysage viticole. L’économie de place et la gestion de l’eau y sont primordiales, avec l’intégration de fontaines, bassins d’irrigation et jardins suspendus.

Ainsi, chaque « cour » traduit ingénieusement l’adaptation des sociétés rurales à leur environnement :
  • Vent et pluie tempérée en Normandie, d’où l’importance des talus et mares
  • Pente, froid sec et nécessité d’optimiser l’espace en Savoie

Voix de paysans et évolution contemporaine

« La cour était notre univers à part, où chaque chose avait sa place », témoigne M. Lefrançois, éleveur à Yébleron. « Mon grand-père plantait de nouveaux hêtres tous les dix ans ; c’était sacré. »

En Savoie, Mme Berthet, cultivatrice de Jongieux, se souvient : « Le mas vivait au rythme des saisons, les enfants jouaient dans la cour pendant que les femmes lavaient le linge au puits. »

Depuis les années 1960, la mécanisation et le regroupement des parcelles entraînent la disparition progressive de ces formes ancestrales. Nombre de cours masures sont aujourd’hui délaissées ou transformées en résidences secondaires. En revanche, Certaines initiatives locales, comme l’Inventaire du patrimoine bâti rural, visent à documenter et valoriser cet héritage, en Pays de Caux comme dans les vignobles de Jongieux.

Cuverville-en-Caux Découverte encourage la préservation de ces paysages en appuyant les propriétaires souhaitant restaurer ces ensembles, dans le respect des matériaux et des techniques traditionnelles.

Conseils de visite : itinéraires et bonnes pratiques pour découvrir ces cours rurales

La découverte des cours masures du Pays de Caux et des cours de mas à Jongieux intéressera tant les amateurs de patrimoine que les randonneurs.

Itinéraires conseillés en Pays de Caux :
  • Boucle pédestre autour de Cuverville-en-Caux (8 km) : identification de plusieurs cours privées (visibles depuis le sentier, accès respectueux indispensable).
  • Parcours cyclo Pays de Caux sud – halte à Saint-Valéry-en-Caux (12 km aller-retour) : panorama sur les fermes à cour masure en lisière du plateau.
  • Visites guidées ponctuelles lors des Journées du Patrimoine (renseignements auprès de Cuverville-en-Caux Découverte).
À Jongieux :
  • Balade balisée "Le Chemin du Vignoble" (6 km) : vue directe sur plusieurs mas traditionnels et leurs cours closes, accessible toute l’année.
  • Observation respectueuse du bâti – éviter l’intrusion dans les cours privées sauf autorisation express des propriétaires.
Bonnes pratiques :
  • Privilégier les visites organisées ou suivre les chemins balisés.
  • Respecter la tranquillité des habitants et la préservation des aménagements paysagers (talus, mares, murs de pierres sèches).
  • Préférer le printemps ou l’automne pour profiter des jeux de lumière sur les haies et jardins (saison des floraisons et couleurs variées).

Tableau comparatif : caractéristiques des cours masures et de mas

ÉlémentCour masure (Pays de Caux)Cour de mas (Jongieux)
Période principaleXIIIe – XIXe siècleXVe – XIXe siècle
EnceinteTalus arboréMurs en pierre
MatériauxBrique, torchis, silexMoellon calcaire, lauze
Organisation bâtiDisposition en U ou carréEn équerre, orientation pente
Éléments notablesMare, pressoir, grande grangePuits, four, cave vinicole
PaysageBocage ouvert, haiesPente viticole, terrasse

FAQ : questions fréquentes sur les cours rurales

  1. Peut-on visiter une cour masure en dehors des Journées du Patrimoine ?
    La majorité des cours sont des propriétés privées. Il est donc préférable d’obtenir l’accord des propriétaires ou de privilégier les visites guidées proposées ponctuellement.
  2. Quels éléments typiques faut-il observer lors d’une promenade ?
    Portez attention aux talus plantés, portails monumentaux, mares, et aux alignements d’arbres. En Savoie, notez la forme des toits, les murs en pierre et l’organisation resserrée du bâti.
  3. Pourquoi la mare est-elle fréquente en Pays de Caux, mais rare à Jongieux ?
    En Normandie, la pluviométrie justifie la création de mares pour usages domestiques et agricoles. À Jongieux, la gestion de l’eau privilégie le puits ou de petits bassins en raison de la topographie sèche et pentue.
  4. Ces formes architecturales sont-elles encore utilisées dans l’agriculture moderne ?
    De nos jours, les grandes exploitations ont délaissé ces modèles au profit d’installations plus fonctionnelles. Toutefois, de nombreuses familles continuent d’habiter et d’entretenir ces cours pour leur valeur patrimoniale et paysagère.